Jouer pour de vrai, ou ne pas jouer
Maï-Linh TRAN
7/18/20254 min read
La phrase qui me hérisse
"C'est qu'un jeu !" Cette phrase, je l'ai entendue des dizaines de fois dans ma vie. Dite avec ce petit sourire condescendant qui sous-entend que je prends les choses trop au sérieux, que je devrais me détendre, que ce n'est "pas si grave". Mais voilà, pour moi, c'est exactement le contraire. Si c'est un jeu, alors jouons vraiment. Si on lance les dés, si on bat les cartes, si on pose les pions sur le plateau, alors donnons-nous les moyens de gagner. Sinon, pourquoi jouer ?
Cette incompréhension fondamentale avec mon entourage me suit depuis des années. Et j'ai longtemps cru que c'était moi qui avais un problème.
Les racines de la compétition
Tout a vraiment commencé à l'adolescence, sur les terrains de sport. C'est là que j'ai découvert cette sensation unique : l'adrénaline de la compétition, l'envie viscérale de donner le meilleur de moi-même, ce feu qui s'allume quand l'enjeu devient réel. Peu importait le sport, peu importait l'adversaire. Ce qui comptait, c'était cette promesse silencieuse que je me faisais à chaque début de match : tout donner.
C'est là que j'ai compris quelque chose de fondamental sur moi-même : je ne sais pas faire semblant. Quand je m'engage dans quelque chose, c'est à fond ou pas du tout. Cette intensité, cette envie de me dépasser, de repousser mes limites, c'était comme une évidence. Pourquoi se contenter de participer quand on peut viser l'excellence ?
Le décalage invisible
Ce décalage, je l'ai retrouvé plus tard dans ma vie d'adulte, particulièrement avec d'autres femmes. Pas toutes, heureusement, mais beaucoup semblaient gênées par ma compétitivité assumée. Comme si c'était quelque chose de peu féminin, de mal élevé. J'ai remarqué que je me sentais souvent plus à l'aise avec mes amis masculins, qui eux comprenaient naturellement cette envie de gagner, cette satisfaction pure de la performance réussie.
Ce n'est pas que les femmes ne sont pas compétitives - elles le sont, mais souvent de manière plus subtile, plus indirecte. Moi, j'ai cette fâcheuse tendance à mettre mes cartes sur table : oui, je veux gagner. Oui, je vais tout faire pour. Et non, je ne trouve pas ça gênant.
Les jugements permanents
"Tu prends ça trop à cœur." "Détends-toi, c'est pour s'amuser." "Tu es trop intense." Ces petites phrases assassines qui reviennent en boucle, comme si ma façon d'aborder la compétition était un défaut à corriger. Comme si vouloir gagner était synonyme de mauvaise perdante, d'égoïsme, de manque de fair-play.
Mais c'est exactement l'inverse ! Pour moi, respecter un jeu, c'est justement lui donner toute son importance. C'est reconnaître que les règles ont un sens, que l'effort a une valeur, que la victoire mérite d'être poursuivie. Jouer mollement, "juste pour rigoler", c'est manquer de respect aux autres joueurs qui, eux, s'investissent vraiment.
Ma philosophie du jeu
Je me suis forgé ma propre philosophie au fil des années : si on entre dans un jeu, quel qu'il soit, on s'engage à le respecter entièrement. Les règles, l'esprit, l'objectif. Sinon, autant ne pas jouer du tout. Cette approche, je l'applique partout : dans les jeux de société où je réfléchis vraiment à chaque coup, dans mes projets professionnels où je refuse les solutions de facilité, dans la vie en général où je préfère l'engagement total au demi-investissement.
Vouloir gagner, ce n'est pas écraser les autres. C'est se donner les moyens d'exprimer le meilleur de soi-même dans un cadre défini. C'est accepter que l'excellence demande des efforts, que la réussite ne tombe pas du ciel, que la satisfaction véritable vient du dépassement de soi.
L'avantage dans la vie
Cette mentalité, je l'ai appliquée dans tous les défis de ma vie. Que ce soit pour décrocher un emploi, surmonter des épreuves personnelles, ou apprendre de nouvelles compétences. Cette capacité à ne pas lâcher l'affaire, à rebondir après chaque échec, à voir dans chaque difficulté une étape vers la réussite.
Quand je traverse des moments difficiles, quand les projets n'avancent pas comme prévu, quand les doutes s'installent, je puise dans cette même énergie que celle qui m'animait sur les terrains de sport. Je peux vivre l'inconfort, accepter l'échec momentané, mais je ne reste jamais figée dessus. C'est souvent après ces passages à vide que je repars de plus belle, plus déterminée qu'avant.
L'acceptation de soi
Aujourd'hui, j'ai arrêté de m'excuser d'être compétitive. J'ai arrêté de faire semblant de trouver ça "pas grave" quand je perds. J'ai arrêté de minimiser mon investissement pour rassurer les autres. Cette partie de ma personnalité, je l'assume entièrement.
Cela ne fait pas de moi quelqu'un de désagréable ou d'égocentrique. Je sais perdre avec le sourire, féliciter mes adversaires, reconnaître quand je suis battue à la loyale. Mais je refuse de faire semblant que ça ne me fait rien. La déception fait partie du jeu, au même titre que la joie de la victoire.
L'héritage que je veux transmettre
Quand je regarde ma fille grandir, je me dis que j'aimerais lui transmettre cette même flamme. Cette envie de donner le meilleur d'elle-même, cette satisfaction de l'effort récompensé, cette capacité à transformer l'échec en motivation. Pas pour écraser les autres, mais pour se révéler à elle-même.
Parce qu'au fond, la vraie compétition, c'est avec soi-même. C'est cette promesse quotidienne de ne jamais se satisfaire de la médiocrité, de toujours chercher à progresser, à apprendre, à devenir meilleure. Et ça, "c'est qu'un jeu" ne peut pas le comprendre.
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