"La peur de l'échec est déjà un échec"
Maï-Linh TRAN
7/18/20253 min read
L'enfance et les leçons contradictoires
J'avais douze ans, peut-être treize, et je marchais aux côtés de mon père dans ce quartier qui m'avait vu grandir. C'était l'un de ces moments suspendus où les adultes se livrent aux enfants, sans prévenir, sans préparation. "La peur de l'échec est déjà un échec", m'a-t-il dit, ses mots tombant dans l'air tiède de cette fin d'après-midi.
Sur l'instant, j'ai trouvé cette phrase belle, presque poétique. Mon père avait ce don pour les formules qui marquent, ces petites perles de sagesse qu'il égrenait au détour d'une conversation. Mais quelque chose clochait dans cette leçon, et il m'a fallu des années pour comprendre quoi.
Le paradoxe d'une éducation
Parce que ce même homme qui philosophait sur le courage face à l'échec était celui qui m'avait enseigné la prudence absolue. "Ne prends jamais de risques inutiles", me répétait-il. "Il faut d'abord s'assurer, être raisonnable, construire sur du solide." Chaque rêve un peu fou que je partageais était accueilli par une liste de "mais" et de "cependant".
J'ai grandi avec cette double injonction : ne pas avoir peur d'échouer, mais surtout ne rien tenter qui puisse mener à l'échec. Un paradoxe que mon esprit d'adolescente puis de jeune adulte n'arrivait pas à résoudre. Alors j'ai choisi la voie qui me semblait la plus sûre : celle de la prudence.
Les années d'attente
Pendant des années, j'ai navigué dans cette zone de confort que mon père m'avait inconsciemment dessinée. Études traditionnelles, emploi stable, vie rangée. Je cochais toutes les cases de la réussite conventionnelle, mais quelque chose en moi restait insatisfait. Cette phrase de mon père revenait parfois, comme un écho lointain, mais je la repoussais. Après tout, je ne prenais pas de risques, donc je n'échouais pas. N'était-ce pas là une forme de réussite ?
La révélation maternelle
Puis ma fille est née, et tout a basculé. Tenir ce petit être dans mes bras, voir ses yeux grands ouverts sur le monde, m'a soudain fait réaliser quelque chose de fondamental : quel exemple étais-je en train de lui préparer ? Allais-je lui transmettre cette peur déguisée en sagesse, cette prudence qui ressemblait tant à de la résignation ?
C'est dans ces nuits d'allaitement, dans ces moments de solitude face à cette responsabilité immense, que la phrase de mon père a refait surface. Mais cette fois, je l'ai entendue différemment. Je me suis vue, à trente ans passés, n'ayant jamais vraiment tenté de réaliser mes rêves par peur qu'ils ne se concrétisent pas.
L'évidence douloureuse
La vérité s'est imposée avec une clarté brutale : en évitant l'échec, j'avais déjà échoué. J'avais échoué à être celle que je voulais vraiment être. J'avais échoué à poursuivre mes vraies aspirations. J'avais échoué à montrer à ma fille qu'on peut rêver grand et se donner les moyens de ses ambitions.
Mon père avait raison, mais d'une manière qu'il n'avait probablement pas anticipée. La peur de l'échec était bel et bien un échec en soi. Un échec silencieux, invisible aux yeux du monde, mais dévastateur pour l'estime de soi.
Le tournant
C'est à ce moment précis que tout a changé. J'ai compris que je ne voulais pas que ma fille hérite de mes peurs. Je voulais qu'elle me voie essayer, échouer peut-être, mais au moins tenter. Je voulais qu'elle comprenne que l'échec n'est pas l'ennemi, mais que le renoncement, lui, l'est.
J'ai donc pris la décision de me lancer dans l'entrepreneuriat. Non pas parce que j'étais certaine de réussir – j'étais même persuadée du contraire – mais parce que j'avais enfin compris que ne pas essayer était la seule garantie d'échec que je m'offrais.
L'héritage réinventé
Aujourd'hui, quand je la regarde jouer, rire, explorer le monde avec cette insouciance propre à l'enfance, je me dis que j'ai réussi quelque chose d'important : briser le cycle. Mon père m'avait donné les mots justes, mais n'avait pas su me montrer le chemin. À mon tour, je veux lui offrir les deux : les mots et l'exemple.
"La peur de l'échec est déjà un échec." Cette phrase résonne désormais différemment dans ma tête. Elle n'est plus une formule philosophique abstraite, mais un rappel quotidien que la vraie réussite commence par le courage d'essayer.
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